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En ce mois d’avril 2026, les résultats des lauréates pour les récompenses individuelles de la Ligue 2 Féminine de Basketball sont tombés. Malgré des performances sportives au rendez-vous cette saison 2025/2026, ces résultats révèlent une invisibilisation choisie sur les deux athlètes transgenres de la Ligue : Julie Tétart (33 ans) et Aurore Pautou (41 ans). TRANSpire se pose donc une question : pourquoi l’excellence sportive, habituellement célébrée, devient-elle un motif d’exclusion et de suspicion dès lors qu’elle est portée par des femmes transgenres ?

Une transmisogynie sous couvert de panique morale

Avant de commencer et rentrer dans le vif du sujet, il est bon de rappeler à tous·tes que l’invisibilisation de ces deux athlètes est choisie de par le mode de scrutin des récompenses individuelles de la Ligue 2 Féminine de basket. En effet, le vote est organisé auprès des joueuses, représentées par les capitaines, et des entraîneur·euses de chaque équipe de la division ainsi que d’un panel de médias et ne repose donc pas sur la performance factuelle mise en avant sur le terrain. Cette méthode soulève plusieurs interrogations surtout lorsque l’on regarde de plus près les statistiques de jeu des deux joueuses : Julie Tétart avec 21 points, 20 rebonds, 35 d’évaluation en moyenne ainsi que Aurore Pautou, qui elle, possède la troisième meilleure place du championnat.

Petite précision pour les non-adeptes du basket : ces résultats sont une très bonne performance sportive.

Comme on peut le comprendre, cette mise à l’écart n’est pas un simple oubli mais bien le symptôme d’une transmisogynie sous couvert de panique morale. D’après les médias et plusieurs acteur·ices dans le sport, la réussite de ces femmes serait le fruit de pseudos avantages physiques mais pas de leur travail sportif quotidien. Comme l’a rappelé Julie dans son portrait France 3 : « La Ligue 2 est une ligue formatrice. Donc il y a beaucoup de jeunes. », son expérience de jeu et sa maturité peuvent alors être un atout par rapport aux autres joueuses. Dans l’imaginaire collectif et médiatique, les femmes trans seraient des « hommes » et/ou garderaient des avantages physiques dû à leur transition. Cependant, Julie rappelle dans ce même portrait qu’elle a un taux de testostérone inférieure à la moyenne de celui des femmes cis. À l’heure actuelle, il n’existe que très peu d’études scientifiques sur les femmes trans dans le sport et encore moins pour le sport de haut niveau alors au nom de quoi les institutions, et même les joueuses sur le terrain, veulent exclure les femmes transgenres de la pratique sportive ?

Pour illustrer la suite de mon propos, je vous présente les paroles de Pierre Gafforini, manager général de Voiron, qu’il développe dans le média 20 minutes : « C’est une joueuse [Julie Tétart] qui montre tout le travail qu’elle effectue au quotidien pour réussir à performer. Mais quand on voit son envergure, quand on voit la taille de ses mains, quand on voit cette capacité à pouvoir attraper le ballon et finir sur des lay-up, quand je la vois être sur de la course rectiligne et que les adversaires ont peur de se mettre devant elle tellement il y a de puissance, le constat est là. ». Ces propos sont l’essence même de la transmisogynie quand l’on voit que ces caractéristiques sont recherchées et félicitées chez les basketteuses cis. Pour notifier encore plus l’hypocrisie des paroles de Monsieur Gafforini, je suis allé fouiller dans la liste des joueuses de Ligue 2 de Basket Féminine et guess what ? plusieurs femmes sont tout aussi grandes que Julie voire même plus. Avant même de parler de transmisogynie, plusieurs atlhètes cis racialisées sont la cible de propos similaires (« trop musclée », « trop grande », « trop performante »), on pourrait également ajouter les cas d’athlètes lesbiennes pas assez considérées comme des « vraies femmes » car « trop masculine » pour pouvoir jouer contre des femmes. Le sport (et la société dans sa globalité en occident) est toujours vu par le prisme hétéro-cis-blanc alors qu’il existe une multitude de corps différents et des identités plurielles. Il est enfin temps d’arrêter de perpétuer cette essentialisation obsessionnelle faite sur toutes les femmes et de combattre les vrais problèmes d’inégalité de genre dans le sport !

(Je vous invite également à lire l’article de Lou pour TRANSpire : « Personnes intersexes : Un accès au sport encore trop censuré »)

À la recherche d’une équité sportive ?

Puisque depuis le début les acteur·ices dans le sport cherchent une équité sportive, on peut rappeler que le sport est par essence injuste. Toustes les sportif·ves n’ont pas accès aux mêmes infrastructures, aux mêmes coachs, aux mêmes moyens financiers, au même accès au sport dès le plus jeune âge etc. Pendant que l’on débat sur le taux de testostérone de quelques athlètes, les problèmes structurels qui mettent réellement en danger les femmes dans le sport sont ignorés. Selon le rapport récent de l’UNESCO, publié à la veille des Jeux Olympiques de 2024, on y retrouve des chiffres alarmants :

Ainsi, comme le préconise l’UNESCO, la véritable avancée passe par « changer les mentalités » et « assurer une couverture médiatique égale et juste ». En choisissant d’effacer ces deux athlètes, les votant·es et les médias sportifs font exactement l’inverse des recommandations internationales pour un sport inclusif.

Le contrôle du corps de TOUTES les femmes

Le virage pris par le Comité International Olympique (CIO) en mars dernier de revenir sur sa décision des tests de “féminité” à partir des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028 s’inscrit dans la continuité des idées et politiques transphobes à l’international. Comme nous l’avons rappelé dans notre communiqué co-écrit avec la Fédération Sportive LGBTI+ : « La décision de revenir sur des tests de féminité nous permet de rappeler que ces derniers, en plus d’être interdits en France, étaient déjà combattus par les chercheur·ses et les athlètes dans les années 1980. ».

En réintroduisant ces examens intrusifs, le CIO ne fait pas que cibler les femmes transgenres et intersexes ; il instaure une police du genre qui menace l’intégrité de TOUTES les sportives. Sous prétexte de protéger la catégorie féminine, les institutions sportives finissent par la fragiliser en la transformant en un laboratoire de contrôle des corps. Cette rhétorique de l’exclusion, qui prétend protéger les femmes, ne fait en réalité que renforcer les structures patriarcales qui les oppressent toutes. En acceptant de tester la « féminité » dans un contexte sportif, on accepte l’idée que l’État ou les fédérations ont un droit de regard sur l’intimité biologique des citoyennes, ce qui dépasse largement le cadre du sport.

Conclusion

Pour conclure, nous déplorons les décisions actuelles de la part des Fédérations sportives qui prennent les mêmes directives que le CIO : celui d’exclure les femmes transgenres et intersexes des compétitions. Nous appelons les clubs amateurs, les fédérations locales, toustes les acteur·ices dans le sport à statuer contre ces décisions et œuvrer pour une meilleure et véritable inclusion des personnes trans au sein de leurs structures.