Une nouvelle fédération, de fléchettes cette fois, s’aligne sur la décision du CIO et exclue les femmes transgenre
Publié le 07/05/2026
4 min read - Rédigé par Alma. - Bénévole de TRANSpire

Noa-Lynn Van Leuven
Joueuse professionnelle de fléchettes néerlandaise de 29 ans, détentrice de trois titres de la WDF (World Darts Federation), Noa-Lynn van Leuven subit depuis des années un harcèlement transphobe très violent. La jeune sportive témoigne de souvenirs “incroyablement douloureux” tels que des agressions physiques ou morales. On peut relever des jets d’objets lors de ses compétitions ou bien un mégenrage de manière consciente et répétée de la part de ses propres coéquipières. Couplé à un constant acharnement en ligne, sa santé mentale en a été fortement impactée, l’empêchant parfois de sortir de son lit pendant des jours.
Pourtant elle ne s’est jamais découragée et a continué à s’entraîner, à participer à des compétitions et à gagner : « J’ai respecté le sport à chaque match et chaque jour ». En 2023, elle devient la première femme trans à jouer pour un tournoi de PDC (Professional Dart Corporation) à la télévision. En 2024, elle a été la première femme trans à se qualifier pour les championnats du monde pour s’incliner au premier tour 3-1 face à Kevin Doets.
Elle se retrouve aujourd’hui forcée de prendre sa retraite anticipée « non pas par choix, mais parce [qu’elle n’est] plus autorisée à participer » – confie-t-elle sur ses réseaux sociaux. En effet, en avril 2026, la DRA (Dart Regulation Authority) a interdit aux femmes transgenres de participer aux événements féminins, affirmant que les fléchettes sont « un sport affecté par le genre ».
La prolifération des politiques anti-trans
Si cette expulsion intervient maintenant cela n’a rien d’anodin. Quelques semaines auparavant, le Comité International Olympique rendait publique sa décision d’écarter les femmes trans des compétitions sportives des Jeux Olympiques de 2028. L’événement, qui aura lieu à Los Angeles, au cœur des politiques de l’administration Trump, est en train d’influer sur les différents organismes de régulation sportive.
Il est important de rappeler que la DRA est une institution basée au Royaume-Uni, ironiquement surnommée « TERF Island » pour ses récentes prises de décisions anti-trans. La décision majeure étant celle interprétant le terme « sexe » dans la législation britannique comme le sexe assigné à la naissance.
*Trans-exclusionary radical feminist : personnes se proclamant féministes mais excluant les personnes trans de leurs luttes
C’est dans cette atmosphère conservatrice et réactionnaire que la DRA a elle aussi pris sa décision. Seulement ici, l’argumentaire habituel, et non prouvé scientifiquement, d’avantages physiques des femmes transgenres n’est pas censé s’appliquer à un sport de précision comme les fléchettes. Pourtant c’est bien sur une étude scientifique, entre autres, que l’organisme de régulation du sport de fléchette s’est appuyé pour prendre sa décision.
La biologie, argument favori anti-trans, pourtant loin d’être impartial
Cette étude a été menée par la Dr Emma Hilton, une biologiste développementale qui a étudié différents aspects de maladies génétiques humaines. Pourtant c’est avec son site « sexmatters » et ses multiples tweets transphobes qu’elle s’est faite connaître. En effet, ses différentes déclarations sur le réseau social X et sa position de biologiste plaisent particulièrement à certaines sphères conservatrices. Essentialisation du corps des femmes, bicatégorisation, invisibilisation des personnes intersexes, propos transphobes, voici quelques exemples de ce que l’on peut trouver sur son compte. Cette révision du règlement s’est également appuyée sur le jugement de la cour suprême du Royaume-Uni du 16 avril 2025 concernant Harriet Haynes, une athlète trans de billard, également interdite de concourir dans sa catégorie pour des raisons similaires.
Ces décisions ne sont donc ni neutres, ni destinées à protéger le sport féminin. Elles sont orientées et sciemment instrumentalisées à des fins politiques.
Que disent les résultats féminins ?
Dans le même temps, Beau Greaves, femme cis, joueuse anglaise professionnelle de fléchettes, enchaîne les records. Elle remporte un tournoi majeur sur le circuit principal, en battant le même jour, trois anciens champions du monde. Le tout à seulement 22 ans. Performance exceptionnelle, qui démontre par les faits, que la réussite dans le sport n’est pas due à ce qui se trouve au niveau de l’entrejambe d’un·e athlète, mais bien à sa rigueur, son travail et son entraînement.
L’avenir de Noa-Lynn quant-à elle est incertain, avec son incapacité à concourir à la PDC Women’s Series, seulement autorisée à participer aux tournoi mixtes cela ne représente pas un volume de tournoi suffisant pour sa carrière. Elle a tout de même précisé dans son dernier message vidéo ne pas se laisser faire en promettant de s’opposer à la politique de la DRA. Lot plutôt commun pour les athlètes trans qui doivent, à la fois se battre dans leur discipline, et à la fois pour exister.
Conclusion
Nous rappelons que jamais les attaques contre les personnes trans ne seront un moyen de défendre le sport féminin.
Ces réglementations contribuent seulement à renforcer les stigmates auxquels font face les athlètes et les isolent progressivement un peu plus de leur passion. Parfois même, pour les sportif·ves professionnel·les, les privant de leurs seules ressources financières, essentielles pour vivre.