Chronologie
Les tests de féminité dans le sport, de la « police des corps » à aujourd’hui.
Les tests de féminité dans le sport, de la « police des corps » à aujourd’hui.
Contexte
Le sport a toujours été hautement politique, cette dimension atteint son paroxysme pendant la Guerre Froide lorsque le sport devient un terrain d’affrontement entre le bloc de l’Est et le bloc de l’Ouest. L’Union soviétique se lance un défi de domination dans la pratique sportive féminine pour collecter des trophées et médailles afin de promouvoir son modèle en matière d’égalité hommes-femmes.
Cette décision installe rapidement une panique morale du côté de l’Ouest. Les performances des athlètes féminines sont dénigrées et leurs corps suspectés d’être « masculinisés » par le régime soviétique. C’est donc afin de préserver une binarité de genre que naît la « police des corps » où entre 1930 et 1960 les sportives sont soumises à un examen gynécologique humiliant où elles doivent défiler nues devant un panel de médecins.
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Dates clés
Les athlètes féminines sont soumises à un défilé nue devant un panel de médecins afin de vérifier que ce sont bien des femmes.
Compilation d’examens morphologiques, gynécologiques et tests de force.
À l’occasion des JO, le CIO instaure un prélèvement cellulaire (frottis buccal) comme test chromosomique.
Les lois de bioéthique du 29 juillet 1994 limitent strictement les examens génétiques aux finalités médicales, scientifiques ou judiciaires. Les tests de féminité à des fins sportives deviennent ainsi illégaux sur le territoire français.
Lois n° 94-653 et 94-654 du 29 juillet 1994
Par manque de fiabilité et d’atteinte à la dignité, le CIO abolit les tests de féminité génétiques systématiques.
Le CIO et plusieurs fédérations commencent à baser les critères de féminité sur le taux de testostérone.
Changement radical de réglementation en bannissant totalement les femmes trans ayant connu une puberté masculine des courses féminines internationales.
Malgré une interdiction en France, ces deux institutions rétablissent les tests génétiques afin de trouver le gène SRY ou le chromosome Y sur les athlètes féminines.
Le CIO conditionne la participation aux épreuves féminines des JO 2028 de Los Angeles à un dépistage du gène SRY.
L’endocrinologue Peter Sönksen a mené une étude sur environ 650 olympien·nes : 5 % des femmes avaient un taux de testostérone considéré comme masculin par les règles du CIO, et 6 % des hommes un taux considéré comme féminin. Ses travaux sur des athlètes d’élite montrent surtout que les taux des hommes et des femmes se chevauchent largement. Une partie des hommes se situe sous les normes masculines de référence, une partie des femmes les dépasse.
Fonder l’accès à la catégorie féminine sur un seuil hormonal ou sur la présence d’un gène comme le SRY, c’est naturaliser une frontière artificielle. Andrew Sinclair, qui a découvert le gène SRY, le dit clairement : « la science ne corrobore pas cette affirmation trop simpliste ». Le British Journal of Sports Medicine parle d’un « anachronisme néfaste » : on ne dispose pas de données de qualité sur un éventuel avantage de performance chez les athlètes intersexes concernées.
Sources : Wikipédia, Test de féminité · The Conversation (Sönksen)
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Le retour des tests de féminité n’a rien d’un débat purement scientifique. C’est une offensive politique. En février 2025, Donald Trump signe un décret qui exclut les athlètes trans des sports féminins aux États-Unis. Le texte demande aussi à la diplomatie américaine de pousser le CIO à caler les normes olympiques sur une définition binaire et figée du sexe. Quand l’instance rétablit en 2026 le dépistage du gène SRY pour les JO 2028, Trump s’en attribue publiquement le mérite.
Cette pression d’extrême droite, relayée par des campagnes anti-trans, des figures TERF et une panique morale médiatique, fait du sport un terrain d’essai pour une « police du genre ». On parle de « protéger les femmes », mais on cible surtout les femmes trans, les athlètes intersexes, et en premier lieu les femmes racisées du Sud global, déjà plus exposées aux contrôles et au soupçon. Plus d’une centaine d’associations le rappellent : ces règlements détournent l’attention des vraies inégalités du sport féminin (financements, salaires, accès à la pratique, violences sexistes).
Ces normes ne sont pas neutres. Elles recyclent une vieille obsession : décider qui a le droit d’être reconnue comme femme sur un stade. Hier, panique de Guerre froide. Aujourd’hui, projet réactionnaire à l’échelle mondiale. Le fil conducteur reste le même : contrôler les corps pour préserver une binarité de genre.
Sources : L’Humanité · The Conversation · France 24